dimanche 23 février 2014

Des modes de pensée "mondialistes"

Nicole Lougarot (1963, Gotein, Soule)  ''A l'origine, les mascarades étaient les fêtes des bohémiens''[1]



[1] Publié par EITB:
 http://www.eitb.com/fr/infos/culture/detail/811348/a-origine-mascarades-etaient-fetes-bohemiens/

[...]
Avec votre livre Bohémiens, vous avez [...] apporté un autre regard sur la mascarade...
N. L. : Depuis que j'ai effectué mes recherches sur les Bohémiens, je ne vois plus la mascarade de la même manière. Les Bohémiens, dans une mascarade, sont sales, vulgaires, saouls. J'ignorais l'existence d'un peuple bohémien au Pays Basque. Je reste gênée durant les mascarades. Durant la partie de l'après-midi, je vois du racisme dans la manière de présenter les Bohémiens. Les paroles, le jeu, au milieu de la place, le discours est vraiment limite.
Vous vous êtes récemment rendue en Roumanie, pour y voir la mascarade locale...
N. L. : Oui, et c'est la même chose. Sauf que là-bas, on distingue clairement les Tziganes. Pas ici. Pourtant, durant les mascarades souletines, ils sont parfois là, dans le public. Mais je ne leur ai jamais demandé leur avis.
Pourtant, ce sont eux qui ont importé la mascarade au Pays Basque ?
N. L. : A mon avis, oui. Cela m'a paru limpide en Roumanie. Mises à part les danses, la musique et la langue, les similitudes sont incroyables, c'était la même chose. Comme le personnage du zamaltzain. La même ambiance. A l'origine, les mascarades étaient les fêtes des bohémiens[1] Ils allaient de village en village, d'où les barricades. La même chose a lieu en Roumanie, en Italie également, dans la région de Naples. J'y suis allée l'été dernier. Selon moi, il s'agit du même groupe tzigane dans les trois lieux que je viens d'évoquer. Lorsque les amis tziganes de Moldavie sont venus en Soule, ils ont senti quelque chose de particulier. Ce sont nos cousins ! Sérieusement, je veux pousser mes recherches encore plus loin.
Quand et comment le racisme que vous évoquez est-il apparu dans les mascarades ?
N. L. : Je ne sais pas. Ce n'est pas une mince affaire, puisque les Bohémiens ont vécu ici. Ils n'ont pas fait que passer, ils sont restés, ont appris le basque. Des mariages ont même eu lieu entre Basques et Bohémiens. En Basse Navarre comme en Soule, à Menditte, Osas...[2] ils étaient liés. De nos jours, ils vivent dans des maisons, ont un métier. Tout en effectuant mes recherches, j'ai entendu que les Bohémiens étaient intégrés au Pays Basque. Mais ce n'est pas vrai. C'est en général difficile pour certains d'entre eux.
[...]
De nos jours, comment sait-on qu'il s'agit de Bohémiens ?
N. L. : Je ne sais pas. Je connais quelques familles, mais cela m'est difficile d'aller leur poser des questions.
Est-ce encore tabou que d'être Bohémien en Pays Basque ?[3]
N. L. : Oui. Une réalisatrice a voulu leur consacrer un documentaire, mais les Bohémiens n'ont pas voulu lui répondre. Cela me fait mal que ce peuple soit assimilé à des sortes de bêtes dans les mascarades.
Comment peut-on y remédier ?
N. L. : Le premier pas serait de connaître l'histoire des Bohémiens. Et les changements en découleront. Aujourd'hui, nous, les Basques, sommes les rouges, et les Bohémiens sont toujours les noirs. Selon moi, ce n'était pas du tout comme cela avant. J'ai déjà lu dans des livres Gatuzain comme Pitxu, ou Zamaltzain qui court partout. A présent, Zamaltzaina est toujours élégant parce qu'il nous représente. Nous, les Basques, sommes nobles tant qu'à faire ! Et le petit peuple basque, où est-il ? Il faudrait équilibrer tout cela. En Roumanie, Jauna et Anderea sont sales, dans la boue. On devrait plus se moquer de nous-mêmes ! Pourquoi toujours se déguiser en Bohémien pour dire certaines choses ? En gardant les mêmes pièces du puzzle, mais en changeant leur disposition, on peut ouvrir de nouvelles perspectives. Mais tant que nous continuerons de renier les Bohémiens dans notre société, il sera difficile de changer les choses dans les mascarades. Pourtant, notre sacro-sainte culture du carnaval pourrait très bien être une culture bohémienne.
Nicole Lougarot.



Des modes de pensée "mondialistes"

Ceux qui font des "découvertes" tendent par trop à écraser de leurs nouveautés les terreaux qui les ont rendu possibles.
Soit, l'intérêt est grand de restituer aux bohémiens la possible paternité de la mascarade mais il serait tout aussi fructueux de tenter de prendre la mesure de ce qui a permis son introduction, son "acclimatation" et sa réussite au pays des basques, comme pour la danse souletine inspirée, dit-on, par la danse classique française. On aimerait savoir sur quel substrat favorable se sont greffées ces nouveautés ... ou adaptations. On a du mal à croire que c'est sur une sol vierge que se seraient déposées les coutumes bohémiennes.
Autre observation et liée à la première car celle-ci entre bien dans cette maladie de culpabilité qui est celle des européens. Un comble quand il s'agit d'un peuple colonisé comme le nôtre[1][1]. Nous voilà partis avec N. Lougarot dans le délire antiraciste avec les mécanismes qui lui sont liés. Il faut CORRIGER la pastorale pour l'adapter au bon Dieu universaliste et antiraciste ! On voudrait tant que le locuteur comprenne que cette démarche traditionnelle a peut-être un sens dans une civilisation/culture donnée qui n'est pas celui qu'elle aurait dans un cénacle parisien ou un salon new-yorkais peuplé d'acteurs dominants et friquée (à expliquer).






[1J'ai souvenir d'un abertzale savant et bien pensant m'expliquant doctement que le terme ne convenait pas pour le peuple basque. Avec quelques raisons

Soit encore : je me trompe ; je rêve ce que je vis ou je raisonne à faux ... A moins que l'outil de pensée "COLONIALISME' n'ait été conçu que pour appréhender, prendre la maîtrise, dans un contexte particulier des situations données, intéressants nos dominants et que cet outil doive être redéfini pour que le réel - et bien sûr celui qui est le nôtre - soit mieux compris, entendu.



[1] Caractère péremptoire et définitif : toute la recherche de N. Lougarot perd sa pertinence avec ces propos sans nuances. C'est grave et dommage car cette formulation clôt débat et recherche. L'échange à l'oral a dû durcir son propos
[2] et à Mouguerre : cf. archives départementales où on l'on évoque tel ou tel mariage avec une ou un bohémien. Ceux-ci m'ont apparu dans ces actes comme ayant un statut, une position à part (quelque chose à définir dans un entre-deux du métier et de la classe, la caste, la catégorie sociale. Il faudrait creuser, mon propos est très vague
[3]Et là commence la bonne pensée ...

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