Nicole Lougarot (1963, Gotein, Soule) ''A l'origine, les mascarades étaient les fêtes des bohémiens''[1]
[1] Publié par EITB:
http://www.eitb.com/fr/infos/culture/detail/811348/a-origine-mascarades-etaient-fetes-bohemiens/
Avec votre livre Bohémiens, vous avez [...] apporté un autre regard sur la mascarade...
N.
L. : Depuis que j'ai effectué mes recherches sur les Bohémiens, je ne
vois plus la mascarade de la même manière. Les Bohémiens, dans une
mascarade, sont sales, vulgaires, saouls. J'ignorais l'existence d'un
peuple bohémien au Pays Basque. Je reste gênée durant les mascarades.
Durant la partie de l'après-midi, je vois du racisme dans la manière de
présenter les Bohémiens. Les paroles, le jeu, au milieu de la place, le
discours est vraiment limite.
Vous vous êtes récemment rendue en Roumanie, pour y voir la mascarade locale...
N.
L. : Oui, et c'est la même chose. Sauf que là-bas, on distingue
clairement les Tziganes. Pas ici. Pourtant, durant les mascarades
souletines, ils sont parfois là, dans le public. Mais je ne leur ai
jamais demandé leur avis.
Pourtant, ce sont eux qui ont importé la mascarade au Pays Basque ?
N.
L. : A mon avis, oui. Cela m'a paru limpide en Roumanie. Mises à part
les danses, la musique et la langue, les similitudes sont incroyables,
c'était la même chose. Comme le personnage du zamaltzain. La même
ambiance. A l'origine, les mascarades étaient les fêtes des bohémiens[1]
Ils allaient de village en village, d'où les barricades. La même chose a
lieu en Roumanie, en Italie également, dans la région de Naples. J'y
suis allée l'été dernier. Selon moi, il s'agit du même groupe tzigane
dans les trois lieux que je viens d'évoquer. Lorsque les amis tziganes
de Moldavie sont venus en Soule, ils ont senti quelque chose de
particulier. Ce sont nos cousins ! Sérieusement, je veux pousser mes
recherches encore plus loin.
Quand et comment le racisme que vous évoquez est-il apparu dans les mascarades ?
N.
L. : Je ne sais pas. Ce n'est pas une mince affaire, puisque les
Bohémiens ont vécu ici. Ils n'ont pas fait que passer, ils sont restés,
ont appris le basque. Des mariages ont même eu lieu entre Basques et
Bohémiens. En Basse Navarre comme en Soule, à Menditte, Osas...[2]
ils étaient liés. De nos jours, ils vivent dans des maisons, ont un
métier. Tout en effectuant mes recherches, j'ai entendu que les
Bohémiens étaient intégrés au Pays Basque. Mais ce n'est pas vrai. C'est
en général difficile pour certains d'entre eux.
[...]
De nos jours, comment sait-on qu'il s'agit de Bohémiens ?
N. L. : Je ne sais pas. Je connais quelques familles, mais cela m'est difficile d'aller leur poser des questions.
Est-ce encore tabou que d'être Bohémien en Pays Basque ?[3]
N.
L. : Oui. Une réalisatrice a voulu leur consacrer un documentaire, mais
les Bohémiens n'ont pas voulu lui répondre. Cela me fait mal que ce
peuple soit assimilé à des sortes de bêtes dans les mascarades.
Comment peut-on y remédier ?
N.
L. : Le premier pas serait de connaître l'histoire des Bohémiens. Et
les changements en découleront. Aujourd'hui, nous, les Basques, sommes
les rouges, et les Bohémiens sont toujours les noirs. Selon moi, ce
n'était pas du tout comme cela avant. J'ai déjà lu dans des livres
Gatuzain comme Pitxu, ou Zamaltzain qui court partout. A présent,
Zamaltzaina est toujours élégant parce qu'il nous représente. Nous, les
Basques, sommes nobles tant qu'à faire ! Et le petit peuple basque, où
est-il ? Il faudrait équilibrer tout cela. En Roumanie, Jauna et Anderea
sont sales, dans la boue. On devrait plus se moquer de nous-mêmes !
Pourquoi toujours se déguiser en Bohémien pour dire certaines choses ?
En gardant les mêmes pièces du puzzle, mais en changeant leur
disposition, on peut ouvrir de nouvelles perspectives. Mais tant que
nous continuerons de renier les Bohémiens dans notre société, il sera
difficile de changer les choses dans les mascarades. Pourtant, notre
sacro-sainte culture du carnaval pourrait très bien être une culture
bohémienne.
Nicole Lougarot.
Des modes de
pensée "mondialistes"
Ceux qui font des
"découvertes" tendent par trop à écraser de leurs nouveautés les terreaux qui les ont
rendu possibles.
Soit, l'intérêt est grand de
restituer aux bohémiens la possible paternité de la mascarade mais il serait
tout aussi fructueux de tenter de prendre la mesure de ce qui a permis son
introduction, son "acclimatation" et sa réussite au pays des basques,
comme pour la danse souletine inspirée, dit-on, par la danse classique
française. On aimerait savoir sur quel substrat favorable se sont greffées ces
nouveautés ... ou adaptations. On a du mal à croire que c'est sur une sol
vierge que se seraient déposées les coutumes bohémiennes.
Autre observation et liée à la
première car celle-ci entre bien dans cette maladie de culpabilité qui est
celle des européens. Un comble quand il s'agit d'un peuple colonisé comme le
nôtre[1][1]. Nous voilà partis avec N. Lougarot dans le délire
antiraciste avec les mécanismes qui lui sont liés. Il faut CORRIGER la
pastorale pour l'adapter au bon Dieu universaliste et antiraciste ! On voudrait
tant que le locuteur comprenne que cette démarche traditionnelle a peut-être un
sens dans une civilisation/culture donnée qui n'est pas celui qu'elle aurait
dans un cénacle parisien ou un salon new-yorkais peuplé d'acteurs dominants et
friquée (à expliquer).
[1J'ai souvenir d'un abertzale savant et bien pensant
m'expliquant doctement que le terme ne convenait pas pour le peuple basque.
Avec quelques raisons
Soit encore : je me trompe ; je rêve ce que je vis ou
je raisonne à faux ... A moins que l'outil de pensée "COLONIALISME' n'ait
été conçu que pour appréhender, prendre la maîtrise, dans un contexte
particulier des situations données, intéressants nos dominants et que cet outil
doive être redéfini pour que le réel - et bien sûr celui qui est le nôtre -
soit mieux compris, entendu.
[1] Caractère
péremptoire et définitif : toute la recherche de N. Lougarot perd sa
pertinence avec ces propos sans nuances. C'est grave et dommage car
cette formulation clôt débat et recherche. L'échange à l'oral a dû
durcir son propos
[2] et
à Mouguerre : cf. archives départementales où on l'on évoque tel ou tel
mariage avec une ou un bohémien. Ceux-ci m'ont apparu dans ces actes
comme ayant un statut, une position à part (quelque chose à définir dans
un entre-deux du métier et de la classe, la caste, la catégorie
sociale. Il faudrait creuser, mon propos est très vague
[3]Et là commence la bonne pensée ...
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